Promenade au bras d’une belle dame avec Yumeji

 

Je le vois dans les rues électrifiées, longer les maisons des quartiers de Tokyo, entre l’ancien et le moderne, côtoyer les femmes qui passent, à la criée, si douces si belles et sauvages comme des vendeuses de poisson. L’instabilité et le déséquilibre, voila le chemin pour un jeune homme. www.pinterest.comCet art de la ligne, dit il, est “l’essence de l’art” car elle exprime la vie intérieure.  Les lignes ne sont pas là pour dépeindre un objet mais pour transmettre l’esprit de l’artiste. la vitesse et la concision disent l’effort de vivre mais il n’est pas possible d’échapper. Le peintre reste sur cette attention à la fragilité et la subtilité, la douceur, même imparfaite de la femme qui suscite toute cette émotion.

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Au centre du mouvement de corps et du kimono : le visage et deux yeux alléchant une bouche. Mélancolie alanguie, tout en longueur, parfois un trait charbonneux de pastel, comme murmuré, voila le résumé quasi maladif, attendri et soumis à la blancheur. Soupir de l’aspiration. L’une retient, l’autre exige. Ce “longing” est une mélancolie,  sentiment d’imperfection traumatique où le Japon se sent incomplet, avoir envie de répondre à la demande et ne plus connaitre les codes Une envie désespérée d’être libre. La bohème est à la mode, non revendicatrice mais symbole de désir de renouveau.

Yume1004La fleur est offerte et dépérit, sa douceur et les gestes gracieux, pâle de ne pas savoir comment advenir en accord avec la consistance.

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Ce qui est vrai est vrai et ne peut plus être faussé, cette énergie touche les points sensibles les plus vitaux, les plus essentiels sans que l’on puisse les détourner  La figure , comme la trace durable de cette délicate promenade est électricité. La tristesse amoureuse, empressée et si pale, ouvertement pensive, naïve comme posée définitivement à distance de la réalité traversante est une définition de la poésie. On songe à Utamaro, l’aristocratie populaire est plus brutale, plus franche et moins sophistiquée.  Le vécu immédiat est plus bruyant, hâte sans empressement.

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Comme pour disparaitre d’oser, la couleur linéairement erre dans l’univers, centrée sur elle même et est en désarroi. Mélancolie de l’entredeux ? Éphémère.

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Est-ce se perdre ou se trouver, ? plonge dans l’Ukiyo -e , ce monde de plaisir et de beauté qui illumine,  touche à cette lenteur de l’âme où se détache, est tromper son ennui,  rituel, une vision de la beauté où se tremper, l’art des Geisha est fait de perfection, d’aspiration à à la plus haute essence de la féminité, art au sommet du désir, icône de l’absolue protectrice, tentative vouée à l’épuisement,  se rapprocher de l’excès en quête d’un Nirvana. Comme le suggère Kafu, l’homme appuyé d'”une histoire singulière à l’est du fleuve” se perd dans la ville, en manque de la beauté aspirant à  la douleur va de l’autre coté du fleuve, la vie glisse dans la consomption des sens au plus haut de l’esthétique amoureuse.  Araki a toujours été japonais. “Pays de neige” n’est pas loin, mais de cette femme dépeinte, dans cet hiver des sens désolés, crument au plus haut de l’exigence amoureuse, qu’en est il ? et qu’elle était sa vie, que voyait il dans cette aimée?

Mélancholia, qu’est-ce qui rend si triste ? Aujourd’hui, Ryu M voit le personnage errer dans les calamités les plus atroces, suicide, SIDA, drogues, est-ce la même mélancolie et ne va t’elle ailleurs que vers elle même ? Quel ce feu d’artifice japonais que le silence tente de cacher ?

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Que semble demander la femme, centre des pensées de Yumeji ? Que porte t’elle en elle que l’homme observe, jusqu’à presque vouloir lui ressembler ? Est ce cela que l’amateur du monde flottant vient rechercher avec tant d’obstination jusqu’à se perdre, s’oublier dans cette délectation.

La femme moderne, effilée et les yeux ouverts, se déplaçant comme une question, qu’elle est elle ? Est elle encore du monde flottant, n’est elle pas du bas de la rue ?

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FASHION VICTIM ! l’attention au moindre détail est la même expérience esthétique, sentir. On est au japon, électrifié et dans la rue, au contact d’une réalité disloquée, entre la vénération du sentiment, éblouissant dans le présent submergeant de l’évidence où rien n’est comme avant et n’est que ce qui semble être, encore aujourd’hui, punk néo-moderne ou kawai, fashion victim, délire photographique, la jeunesse japonaise veut se voir rayonner dans un style, dans l’expérience du moment qu’elle porte sur elle.



Yumeji Takehisa, la beauté l’amour et la douleur

Takehisa Yumeji 竹久夢二 (1884-1934), est un des peintres les plus remarquables du mouvement romantique de l’ère  Taisho (1912-1926) qui tentait de faire la synthèse du romantisme européen et de la spécificité artistique japonaise.
A la fois peintre, illustrateur, graveur, relieur il fut aussi un poète et excella dans les dessins de femmes Yumeji Bijin-ga, emblématique de cette époque.  
Sources:  British Museum website http://www.britishmuseum.org/research/search_the_collection_database/term_details.aspx?bioId=143481;
Le jeune Yumeji Takehisa

Le jeune Yumeji Takehisa

 

 Né le 16 septembre 1884 dans la préfecture d’Okayama, Yumeji n’a pas suivi une formation artistique spécifique. Adolescent il travaillait dans la boutique d’un fabricant de pinceau et c’est là qu’il s’est initié au sens et à l’art de la ligne qui devait devenir la base de son art. Ouvrier ou apprenti, il devait être artiste proche du peuple. En 1901, à l’age de 17 ans, son père l’envoya étudier le commerce à Tokyo mais il semble s’être plus intéressé au dessin qu’à ses études et se mit à proposer ses illustrations aux revues pour subvenir à ses besoins ce qu’il parvint entièrement à faire dès 1905 où il cessa de fréquenter l’école Waseda.

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Paper-Lantern-webêtre de son époque ?   : son entourage puise aux milieux socialistes mais aussi chrétien. il nous fait penser à un Rimbaud romantique, l’est il, ne l’est il pas, il ne l’est pas. époque changeante et révélatrice, immuable cependant. Est ce cette fréquentation qui lui rendit sensible la compagnie des ouvriers et des gens du peuple,  il se mit à faire de nombreux dessins politiques,  illustrant ses sympathies et que le journal de gauche Shukan chokugen (Weekly Plain Speaking) publia dans le journal socialiste Heimin Shinbun jusqu’à sa dissolution en 1907 .


 
 
En1909, il publie son premier livre de dessins et de poèmes.      (Yumeji gashu – Haru no maki). De ses dessin il dira :  “j’essaye d’écrire un poème avec des image au lieu de mots.”   Ce sont des images remplies d’émotion, débordant de nostalgie du “monde flottant” des estampes de l’ukiyo-eEn 1910 sa première exposition.  L’affiche montre ce type d’image qui sera l’icône du romantique de sa génération : beautés tristes, grands yeux, silhouettes minces et élancées ; le type même des femmes qu’il aimait, comme l’était sa femme Tamaki et les maitresses qu’il eut par la suite. Largement inspiré par la mode allemande du ‘Jugendstil’ qui lui même s’inspirait de l’ukiyo-e. Mais aussi par le peintre romantique japonais Fujishima Takeji (1867-1943). Mélancolie, cette vision poétique et tragique, idéal d’indépendance et désir d’une vie de Bohème. Ces aspirations  furent celles d’une génération et sensibles même sur quelqu’un comme Onchi Koshiro (1891-1955)  qui participa à son livre de poésie  Dontaku (vacances).

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ephemera : Il; cesse ses activités politiques en 1907 et se tourne vers l’expression poétique des sentiments. Mais ce passage par le sentiment fait d’appartenance au peuple est durable.  C’est alors qu’il rencontre et se marie avec Kishi Tamaki,  jeune femme tenait un magasin de cartes postales et il réalisa de nombreux dessins pour les éphémères, cartes postales estampes et affiches. Relation turbulente   qui ne tarda pas à finir par un divorce. Mais les deux continuèrent à être proche et à travailler ensemble.

Entre 1914 et 1916 Tamaki et Yumeji s’occupèrent de leur boutique Minato-ya à Tokyo. On y trouvait des bois gravés moku hanga  et d’autres éphémères sur papier qu’il réalisait. En 1914, il rencontra Kasai Hikono, qui devint sa maitresse, mais mourut tragiquement six ans plus tard. Il continua par la suite à travailler à l’illustration de couverture de partitions, menus, affiches, dessins dans les magazines.

 

quelques liens :

Sur Yumeji Takehisa
Yumeji
Musée Yumeji
painting a picture of-yumeji takehisa, article du Japan Times
Vu par un spécialiste l’art nouveau allemand
Sur Pinterest

Sources bibliographiques du British Museum
Sur les traces de Yumeji Takehisa