MICHIKO INAMI / 井波未知子 sans rien chercher

MICHIKO INAMI / 井波未知子

(c) Michiko Inami - flying boomerang

(c) Michiko Inami – flying boomerang

Une des qualités primordiale que l’on demande au dessin est la liberté. Mais il est rare de tomber sur des dessins qui véhiculent cette sensation. Alors quel ravissement de tomber sur un dessin réellement libre. Les dessins de Michiko Inami m’ont profondément intrigué.

Yuji Akimoto, (Directeur du musée de l’université des arts de Tokyo et de celui d’art contemporain du 21eme siècle de Kanazawa)

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Que le dessin apparaisse comme surgi du premier jour.  Cet art de la légèreté qui semble elliptique est en soi esquisse et éloigné de toute finitude, je suis fasciné par cette possibilité qui semble dessiner comme une porte. L’expression est pourtant complète sans qu’il soit besoin de rien d’autre. Par rapport à l’encre, le dessin ne semble rien figer et s’inscrit dans le temps, un temps infiniment complexe qui n’a pas peur des plongées, des retours au passé et des sauts dans l’avenir mais qui sait aussi distendre le moment présent. Une tout autre approche loin de la fulgurance et plus proche des profondeurs. Rechercher toujours ce quelque chose hors de toute connaissance, car que peut on comprendre, ou ne pas comprendre, la liberté serait d’être perpétuellement en état de découvrir. Pousser du pied quelque chose de toujours nouveau, pousser encore plus loin.

Il y a quelque chose de japonais dans cette entière attention aux sensations, sensible au toucher comme à la beauté esthétique qui s’élève, sorte d’appel et d’exigence au présent, le processus nécessite que le peintre s’immerge totalement et remonte à la surface, gommant comme un sculpteur retranche, presque nu et cru, jusqu’à ce que l’espace et les formes qui transcriront au plus près ce qu’elle a ressenti, apparaissent sur le papier nimbé du processus qui lui procure son espace et sa densité. . La où l’exactitude de la réalité, la fidélité au ressenti n’a que faire des faux-semblant, de l’apparente ressemblance. Au contraire les formes qui apparaissent, comme peut-être celles de la calligraphie apprise depuis l’enfance, remontent sans passer par d’autres filtres. La ressemblance, l’attention au détail sont des qualités toutes japonaises mais l’attention à quelque chose de plus intime et qui dépend du sentiment  permet d’exprimer la sensation et l’être sans passer par ce truchement. Alors comment remonte cette vérité digérée, comment se manifeste t’elle si elle ne se contente pas de l’apparence.

(c) Michiko Inami, canvas, comme une écriture

(c) Michiko Inami, canvas, comme une écriture

De façon crue (crude : cru, grossier, mal fini, brut, rustre fruste) Je peins délibérément de façon grossière, je ne veux pas peindre bien, je dessine avec une brutalité délibérée, réellement crue (de façon à ce qu’on la croie elle ne fait pas semblant, c’est vraiment ce qu’elle cherche , elle y met toute son énergie) . Même quand je n’y arrive pas, je me dis “je n’ai rien à perdre” Michiko Inami

(c) Michiko Inami , Osaka colours

(c) Michiko Inami , Osaka colours

Et pourtant il y a de la finesse, une absolue finesse et une attention à la délicatesse des choses et de la nature dans le monde. Mais pour le dire il faut balayer le quotidien et cette organisation proprette pour que tout remonte à la surface, lentement. Il n’y faut pas nécessairement un ouragan mais un plan où rien n’est fini, cru, en gestation et brutalement naturel pour ne céder à aucune facilité et être vrai. Même les formes sont élémentaires, rappelle les molécules et les assemblages de vivants primaires, les protozoaires ? Il faut le dire aussi simplement que cela, le corps qui flotte entre deux eaux et  remonte à la surface ne questionne pas il se contente de remonter et d’apparaître et le dessin n’est concerné que par cela. Une sorte de Wu Wei la création n’est préoccupée que d’elle même et se suffit d’apparaître, toute l’énergie concentrée sur l’acte du crayon et de la gomme qui finissent par créer un espace et inventent.  Mais Michiko fait face à la grande difficulté que suppose tant de simplicité apparente. Il y faut de l’effort. Se débarrasser de tout ce qui parasite la pensée et le crayon cherche , la gomme retire, enlève à force de mort crée un espace comme la création pourrie et laisse la place à de nouvelles plantes, déchets et brindilles séchées, fertilise.
Le catalogue est à ce sujet très révélateur et évoque la démarche si particulière de Michiko inami. Une réflexion sur la compréhension, sur le laisser faire et  l’obstination de l’ effacement assujetti à ce qui surgit, dessinant gommant cette chose qu’elle a en vue, qui est peut être la liberté même, non pas dessiner librement mais être la liberté même, une prairie infinie parcourue non pas d’un chemin mais des herbes et de l’air, pris dans l’espace où les formes apparaissent nappées de ce sens, un mystère, comme si elles avaient voyagé longtemps et s’apprêtant à disparaitre. Ce que nous avons devant les yeux n’est pas une représentation mais une vision indirecte qui cherche  à remonter des profondeur du vécu et de la sensation, du ressenti.

(c) Michiko Inami , Ki life energy

(c) Michiko Inami , Ki life energy

Or j’avoue que j’ai aimé me promener au bord des lacs et des rivières, la tête dans un arbre. Il y a à se laisser captiver quelque chose de l’apesanteur que l’on retrouve dans ces dessins. Il faut ne pas chercher à voir les formes ou les coups de crayons se détacher mais plutôt à laisser s’instiller cette perspective faite comme dans les atomes, de vide, de matière opaque, d’éloignement et de distance, de raccourcis entre les choses, de bord à bord, rive à rive, l’air dans les feuillages. La distance et la surprise dans le vol d’un oiseau. Je me rappelle cette sensation intime d’être dans la nature, au milieu des choses qui branches, épines de pins, ride de l’eau et herbes rugueuses, douceur du regard qui doucement longent la couleur s’humectant à peine et s’empreignant de la matière traversée, de son absence ou de la synchronicité qu’il y a à vivre en même temps que tout ce qui est vivant. Les différents règnes d’un seul tenant. Je trouve qu’il y a de cela dans l’expérience de se dessin, rien d’ultime mais une attention soutenue.

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Pour suivre :

 
Le site de Michiko Inami
l’exposition :
See the Catalog kamiya-art.com

2 thoughts on “MICHIKO INAMI / 井波未知子 sans rien chercher

  1. Bonjour,
    Un sentiment d’impressionnisme à la japonaise.
    plus étrange que léger à mon sentiment, mais peut-être est-ce une histoire de culture.
    Cordialement

    • bonjour, oui étrange mais je ressens bien ce sentiment particulier de découvrir plutôt que de décrire , mais oui il y a quelque chose de l’impressionnisme quand même , bonne soirée et merci de votre passage
      Lamber

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