Aller retour Chine-Occident

chu_3Calligraphie, la présence du je dans le monde 

De l’un des cœurs de l’occident et de la Chine où il n’est plus lui parviennent des échos du monde.  Cœur de la peinture, déplacement et transformation. Chu Teh Chun en exil à Paris commence par apprendre  la peinture occidentale avant de lâcher les chiens dans une course folle, la Chine lâchée dans une course à l’Occident. Cependant, il est davantage l’esprit chinois dans un monde étranger avec lequel il va réaliser une transformation. Ce n’est pas à une synthèse mais à une quête des moyens et du sens de la peinture moderne à laquelle il essaye la Chine. Ou tout au moins un aspect de la poésie chinoise.

(c) Chu Teh Chun

(c) Chu Teh Chun

L’exil n’est pas un exil mais un trajet nécessaire Partir ou rester, dans un cas comme dans l’autre il faut au peintre partir, s’éloigner d’un lieu qui serait fixe, l’un, celui de l’exil, l’autre celui de l’impossible patrie qui n’existe plus que dans l’enfance. Les deux se sont mis en mouvement et les cellules se combinent, le départ et le retour éloignant de façon inverse ou  rapprochant de ce qui est une concordance. Rester est une illusion et le présent exige de rattraper l’autre, l’ailleurs en soi, augmenter l’ici.  Dans les deux cas un manque est ressenti et les peintres sont à l’écoute en eux même des voix de stabilité et de changement, du fixe, du mouvant et du manquant, l’élément incontournable et de la diversité pour faire coïncider ce qu’ils ressentent du bouleversement avec une expression dont les règles ont changé. L’un et l’autre savent que la vérité leur impose la traversée.

Il est intéressant de voir chez l’exilé et chez celui qui est resté les lignes de force puissantes qui continuent à fonder leur œuvre et   sont la civilisation chinoise elle même pendant que le temps les traverse et les transforme. Qu’est ce que la Chine ne sera pas parvenu à oublier, qu’est ce que l’occident ne sera pas parvenu à gommer, les fondements même de ce qui anime le cœur du nouveau dynamisme.

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On y voit en particulier l’importance primordiale de l’écriture dans le façon dont le peintre envisage l’expression et le geste, la ligne créative. L’écriture demeure première, en fait , tout simplement elle demeure : Sous les grands gestes de Chu, on sent palpiter l’idéogramme et l’énergie écrite. écrire est donc central à l’expression, à la structure de la surface créée. Le vide lui même est fait surface plastique mais demeure le vide.  Héritage d’une civilisation millénaire qui fait de l’écrit le rapport fondamental à l’homme et à la nature, à la culture pendant que le Japon lui, est capable de replonger dans sa fascination pour l’expérience de la nature, sans truchement, crument, dans un rapport direct dont l’écriture se pare mais qui n’est pas première, qui est transformée par elle.

92CHu se place d’emblée dans une gestuelle calligraphique alors même qu’aucun idéogramme n’est réellement écrit mais il semble faire appel à cette connaissance étrange qui veut que non seulement le geste-trait crée le caractère (on songe aux arts de la gestuelle) mais aussi parvient en intégrant le vide à créer son propre espace, celui du tableau. Cela est particulièrement évident dans les lavis à l’encre mais que l’on retrouve dans les peintures. Des masses à l’encre sont comme un fond posé où surgies du vide (médian) pendant que des tracés viennent instituer un mouvement, croissance, mort ou retrait, acte et devenir. Surgissement du vivant dans la focale de la vie, présent passé avenir, l’équivalent tout au moins car la conception du temps est différence de celle d’ici. Je pense à une symphonie, à une œuvre monumentale dont la structure attendue serait toujours un peu la même, comme exprimant une stabilité, nous ne sommes pas aisément surpris, mais plutôt comblé, touché, rappelé à quelque chose d’immuable. Je pense à un paysage sous-jacent à l’histoire  un lieu de la parole à partir du quel, en fond va se jouer ce qui se trame et est en devenir, sous nos yeux, de quoi la calligraphie ou la gestuelle se charge. Le paysage est concret chargée de densité et est véhiculé en même temps que se trace le caractère, se vivent les vies, se pense le tableau. Paysage de l’Histoire aussi, ce lieu ou va se passer les milles événements des générations. Ce lieu en-soi,  horizontal et sur l’ombre du double de la péripétie est comme la reconnaissance d’un schéma. De la même façon ce pourrait être transporté dans un des infiniment grand ou petit, une vue musicale d’un ballet abstrait celui des sphères qui serait l’infiniment grand et celui plus reconnaissable de l’infiniment petit. Le terreau est alors paysage, l’Ether est alors paysage, le bouillon de culture est alors paysage. Je me transporte sans difficulté et avec délectation dans cette alchimie de la transformation , sorte de génération spontanée du microscope. Car s’il est un art de de la biologie, de la  biochimie ou de la génétique ce serait celui là où le mouvement est perceptible alors même que le regard suit le tableau.

Le tout-monde nécessite une transformation, non intégrale, elle peut épargner le lieu ou le transport. Il est est peut être le changement même et cette métamorphose, quand deux empires se rencontrent ils en devienne un seul quifini d’être double pour opérer des lignes de fracture en soi, et ne finissant jamais car alors son royaume est le mouvement.  Le sens même et la direction qu’ils donnent au travail, la perspective est différente.  Dans la formation de l’image et du sens  le pinceau cherche à convoyer un rapport  de synergie au monde.

(c) Chu Teh Chun

(c) Chu Teh Chun

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