écriture du vivant

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(c) Gu Gan

[Gu Gan 3] C’est souvent dans ce croisement fructueux, dans cette germination que la nouveauté et le changement naissent. Au delà du concept et du canevas inconscient, ce qui reste de la calligraphie semble se diluer dans le plus vaste écrit, moins dense qu le caractère Roi,   tenir à la fois de l’écriture qui de nos jour a colonisé tous les aspect de notre vision, s’emparant de l’image, du calcul et de tout ce qui est forme d’expression. Elle à perdu cette royauté du caractère qui était proche du geste et mettait l’accent sur l’expression. Aujourd’hui tout se mêle et s’entrecroise pour former un rapport au réel complexe ou la chose écrite est diluée mais se retrouve dans tous les secteurs de ce que nous apercevons, sommes l’objet, côtoyons dans ce monde fortement diversifié, rendue au divers et qui ne témoignent plus d’un geste qui l’éclaire mais est éclairée de toute part, tout vient écrire ce que nous pensons dans des temps différents. Nus rejouons ce grand terrains d’interactions et de causalités dont nous sommes un éléments. Comme un jeu, comme une nécessité de se repérer dans ce qui est devenu un immense schéma dynamique et dont nous devons comprendre l’écriture qui s’inscrit par, dans nos corps, mentalement aussi*.

Sur le sceau un dessin, pictogramme ou graffiti, raccourci fait de rapidité où l’on ne fige plus le réel qui va trop vite et risque d’être dépassé, l’enveloppe de l’homme ne “signe” plus mais laisse une trace qui manque de distance, de sens abstrait tel que le caractère millénaire avait fini par le faire, mais le sceau seul serait bien pauvre, il faut y adjoindre cette masse d’encre diluée qui serait l’héritage de la calligraphie mais qui a perdu son sens dur de signification pour gagner cette densité moléculaire de la matière, elle même mouvante et dynamique et son manque de précision indique cela même, le papier et l’élément eau gage de la vitesse et progression physique de l’instantané capté par le réel qui parvient à se figer. Les éléments sont mis en concurrence, juxtaposé, les temps et la taille , les couleurs et les rapports de force que cela induit, les couches multiples de ces éléments même constituent comme une cartographie, écriture elle aussi du réel, plus ou moins chargée en matière, plus ou moins foncé, plu moins diluées selon leur degré d’effleurement au réel. L’écriture plus traditionnel, ce corpus de lettres ou de caractères faisant phrase, se liant dans un rythme illisible mais suggérant le texte avec les description, références et causalité, pattes de mouche du réel, traces de pas de l’homme qui nous en fait part, comme des embarcations, des moyens de transport, des embrasures des pas. Maintenant, le geste du calligraphe est partout, il attaque de chaque coté, attentif à transcrire cette documentation, se livrant au mimiques cellulaires d’un réel abstrait ou biologique, maniant l’eau jusqu’à la transparence, dessinant le sceau, laissant les taches de couleur rythmer le dessin entier, recréant le caractère dans la structure même de l’ensemble et puis n’est il pas surtout là ou il établit un mouvement en pointillé , héritier du “dripping” et témoignant d’un monde en mouvement, inarretable dont il se fait non plus le scribe mais le démiurge.

gugan_085_m_cropC’est souvent lorsque, pris de court nous sommes confronté à la vitesse du traumatisme, de l’étranger et du génie que nous réalisons ce qui est sous-jacent à notre expression personnelle, un terreau commun dont les lignes de force nous dépassent.  Ne dirait t’on pas, nous qui sommes les enfants de ce siècle où la science nous rend sensible à cette dimension, aux lunettes de notre monde émergeant, la calligraphie chinoise avec tous ces apports universels peut nous apparaitre comme une carte, vision de l’infiniment petit à travers les lentilles d’un microscope ou bien signe d’une écriture biologiquement ou universellement recevable.

Cartographie et construction du livres se retrouve dans l’élaboration de l’image. Mots et livres, accostent dans les replis de l’expérience et de la quête de sens. Dans ce collectif embarqué, le paysage, l’écriture centre de l’individuel, le fourmillement et l’individuation est il une carte, est il un livre, un journal de bord, une gazette ou un manuscrit qui se déroule lâchant sous la main, les mains aussi nombreuses que celle d’aujourd’hui, branchées à leur terminaux numériques? S’agit il d’en faire l’histoire ou de collecter, de repérer sous l’amoncellement des graffitis comme un itinéraire ou une direction. La cartographie rend t’elle compte de la redistribution d’un monde devenu étranger et que l’on doive arpenter, mesurer, la vie humaine dans la reconnaissance du papier. Y a t’il de cela dans cette peinture, comme dans celle mythique de Zao avant le grand virage, ces personnages et bâtons rompus écris dans ces immenses énergies abstraites, débarrassées, à la manière d’immense calligraphie de corps, du rappel trop pressant à une lecture linéaire, précise et documentée de l’histoire. Un immense effort esthétique comme pour fondre l’accidentel dans un dépassement de la beauté.

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