ISHIKAWA Takuboku

itiakunosunaQue, d’après Makoto Ueda

Il devint de plus en plus critique de la poésie, éprouvant parfois un plaisir presque sadique à la faire dérailler de ses rails.  les poèmes ne soit que des jouets de tristesse – de jeux pour ceux qui ont échoué dans la vie. Aucun grand poète japonais n’était auparavant parvenu à ces conclusions. De là dérive la vision si particulière de Takuboku.

Un messager du ciel, pris au piège sur la terre, le poète est doté d’une capacité particulière à percevoir la lumière céleste qu’il tire de la force de son aspiration à transcender la beauté. Cette capacité a pour effet de l’aliéner du reste de l’humanité mais il y gagne une vision  du paradis.

(traduit de Modern Japanese Poets and the Nature of Literature de Makoto Ueda (30 novembre 1983)

4218767673_8b81ded245_mMais que voit donc le poète,, quelle est cette nature céleste qu’il perçoit , s’agit il de Dieu ? de Bouddha ? d’une force métaphysique ? Ce poète à la destiné tragique proche de celle de Rimbaud, touche, plus par sa destinée que ses seules poèmes, haiku ou Tanka. Le haiku s’échappe de son cadre traditionnel et le pote parle d’une vie moderne, de douleurs de son ego, de souffrances personnelles, cela n’est pas le cadre habituel de cette forme poétique. Ces concentrés universels se promènent dans les rues le moi s’y déverse; Je pense aux blues de Kerouac, il ne faut pas. Faut il y voir un poète maudit, l’adolescence, un pic de la modernité avant l’heure, un peu en avance, est-ce cela qui fait mal ? En cette époque de changement culturel de l’ère Meiji où les anciennes évidence s’enflamment au contact de l’occident et la prise de conscience que nous ne sommes pas seuls. Car si Segalen dans son “essais sur l’exotisme” entrevoit toute la problématique de l’étranger sur le sol autre qui par sa simple présence change la réalité du lieu visité ; que penser d’un lieu culturellement fermé sur lui même se retrouvant du jour au lendemain exposé à tous les vents ? L’ancienne évidence sans remise en question est d’emblée balayée. Est -ce de cela dont la poésie de Takuboku témoigne ?

front page of the June 21, 1905 edition in Takuboku Ishikawa's Honeymoon House in Morioka.

front page of the June 21, 1905 edition in Takuboku Ishikawa’s Honeymoon House in Morioka.

133418351417413217019_takubokuEst ce de la capacité et des limites de chaque individu, des dons perdus ou chavirés. Est-ce de frustration et d’aspiration à l’idéal et si l’adulte ne parvient pas à tuer les rêves ou si la vie n’est pas assez forte pour venir à bout de la poésie, si le sentimentalisme et la complaisance cachent mal finalement le malaise de nos états d’être ou âmes quotidiens appuyés à la réalité. Comme un train qui fonce, la vie du jeune Takuboku incite à dérailler la poésie des voies traditionnelles de détachement, le poète sous sa hutte ou à l’ombre du pin et surplombant la nature est dans la ville, dans un train, dans des banlieues qui n’en finissent pas et déploient les fils électriques et frustrations existentielles.

Je vois sa poésie enserrée des exigences nouvelles, ne plus accepter de s”éloigner du centre vif de la pulsation moderne, exigeante, en arriver à la notion même de soi, individualisme nouveau et maladif, ses rails, fortement teintés d’une brève incompréhension, celle du Japon impérial et impérialiste comme réponse inverse à la prégnance de l’isolement et du détachement. La vie des jeunes hommes, comme celle De Soseki revenant d’Angleterre, la mallette remplie d’idées modernes et de devoir devenir. Faut il y voir cette difficulté d’être de ce temps et de poète. J’y perçois cette tentation, de l’enchantement de la beauté et de la furieuse envie, la mélancolie s’installe, rêverie japonaise instable. Est-ce cette irruption de ce Japon à fleur de peau de cette exigence à vivre ?

ISHIKAWA Takuboku, est le pseudonyme d’ ISHIKAWA Hajime est né en 1886 à Hinoto dans la province d’Iwate. Il meurt de la tuberculose en 1912.
  Né en 1886 près de Morioka (au Nord-Est du Japon), Ishikawa Takuboku compte parmi les auteurs qui, au tournant du XIXème et du XXème siècle, surent insuffler une nouvelle vie aux formes classiques de la poésie japonaise et plus particulièrement au tanka, une forme courte comprenant 31 syllabes traditionnellement réparties selon une métrique stricte cinq/sept/cinq/sept/sept.Dégageant la forme du tanka de cette métrique fixe, Ishikawa Takuboku en a aussi renouvelé les thèmes. Les textes rassemblés ici, et qui correspondent à la première partie de son premier grand recueil paru en 1910 sous le titre Ichiaku no suna (“Une poignée de sable”), donnent une large place à l’expression d’un individualisme plutôt inhabituel dans la société japonaise du début du XXème siècle.Chacun des tankas qui constituent ce recueil se fait ainsi l’écho d’une sensation, d’une émotion, d’un bref instant illuminé par la contemplation d’une image – autant de perles parfois futiles et souvent teintées d’égotisme. Encore y a-t-il une forme d’ironie dans le choix de ce titre: “L’Amour de moi”. lecture-écriture

takuboku

Quelques poèmes:

Écrasé

dans ce coin d’un train bondé

chaque soir je m’attendris sur moi-même

Le miroir à la main

lassé d’avoir trop pleuré

j’essaie toutes les grimaces

Soudain une angoisse profonde

je me fige

et doucement caresse mon nombril

Sans but monté dans un train

quand j’en suis descendu

nulle part où aller

Je sens mon cœur

lentement s’alourdir

comme l’éponge se gorge d’eau

Sans raison

l’envie de courir à travers les prés

à bout de souffle

J’ai éteint la lampe

tout exprès pour me concentrer

sur des pensées futiles

Quand j’ôte le bouchon, l’odeur d’encre fraîche

descend dans mon ventre affamé

et me rend triste

Mon prochain jour de congé

je le passerai à dormir

trois ans que cette pensée m’obsède

28-210takuboku

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Modern Japanese Poets and the Nature of Literature
Par Makoto Ueda

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